Réflexion autour des lifelogs : entre mémoire numérique perpétuelle, droit à l’oubli, et l’intêret de partager nos données personnelles

L’initiative du lifecast Justin.tv, d’une retransmission vidéo permanente de sa vie, bénéficie de la même curiosité que la - première - de l’émission “Loftstory”, et sa popularité chutera certainement pour les mêmes raisons que les émissions de Télé-réalité ; pauvreté et banalité du contenu…

D’un autre coté, il y aura certainement un intêret universel pour les systèmes de lifelog tel que abordé par le projet MyLifeBits pour disposer d’un outils d’archivage automatique de tout ce que l’on aura écrit, dit, entendu, ou vu. Mais çà sera essentiellement, pour la plus grande partie d’entre nous, pour un stricte usage personnel.

Par ailleurs, il faut être lucide ; 95% de notre vie est d’une extrême banalité et n’a pas d’intêret pour notre entourage. Tandis que le reste est ce qui représente le mieux notre caractère, nos centres d’intérêt, nos compétences, et nos aspirations.
Même si on pouvait partager (sur le Web) l’intégralité de notre vie, il serait plus judicieux de se limiter à des - morceaux choisis - pour ne pas noyer la spécificité de notre personnalité dans une masse insondable d’informations.

Les Hommes sont célèbres ou appréciés pour ce que qu’ils ont dit ou fait à un instant ponctuel et décisif de leur vie.

La technologie avec un système de lifelog intégré à nos accessoires vestimentaires, voir même assimilé à notre corps avec des puces électroniques sous-cutanées, permettra peut-être “demain” de ne plus rien oublier de ce que fût sa vie, au moins envers soi-même.

Mais nos moeurs permettent-elles de livrer notre vie à quiconque tel un livre librement consultable ? L’équilibre, l’harmonie et la jouissance de nos relations sociales ne nécessitent-elles pas de conserver un peu de mystère, de maintenir quelques secrets, voir même d’entretenir des mensonges ?

Nous, - les Hommes -, nous ne voulons pas éternellement assumer tout ce que l’on a pû dire ou faire !

Et pour soi-même, l’oubli, permet souvent à son entourage de susciter le plaisir de se re-découvrir, parfois sous un - nouveau jour -. C’est justement ce qui justifie de maintenir la cohésion d’une famille.

La question de fond va beaucoup plus loin que les craintes qui ont justifiées la création de la CNIL face à l’informatisation des données administratives. Si aujourd’hui des sociétés privées accumulent bien plus d’information numérique personnelle que les administrations publiques, et justifie la création d’un Droit à l’oubli, les moeurs des internautes montrent une frénésie d’intêret pour les outils qui partagent des morceaux de leurs activités quotidiennes.

Le vrai danger, çà serait que la technologie rend caduque, ou nous donne l’illusion de l’inutilité, de maintenir physiquement des relations sociales.

Toutefois, la technologie en aggrégeant ensemble nos - morceaux choisis - et les “traces” numériques de nos activités pourrait au contraire devenir un catalyseur de nos relations sociales grâce une synthèse fidèle et raisonné de notre personnalité qui susciterait l’intérêt de nous rencontrer physiquement…
C’est cette finalité qui est recherché dans mon concept de Ligne-de-vie où les profils LiFE-Lines adopteront un traitement adapté de nos données selon leurs contextes* qui déterminent à quel moment il faut commencer à oublier certaines traces numériques…
(*) voir ma classification des données personnelles abordée en commentaire sur Outils-Froids.

1 commentaire à “Réflexion autour des lifelogs : entre mémoire numérique perpétuelle, droit à l’oubli, et l’intêret de partager nos données personnelles”

  1. Jean-François Detout a dit :

    Excellent article, vraiment !

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